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"Le Rabbin en noir et blanc ou juif en prière", 1923 photo Scala des Archives, Florence

Marc Chagall « le cri de liberté »

Mar Chagall, « Le Marchand de journaux » 1924

Le Musée national Marc Chagall nous propose de découvrir, ce été, Chagall sous un angle inédit de celui que présente habituellement ce musée monographique de l’artiste avec, en permanence, dix-sept grandes toiles sur le Message biblique, sujet qui résume un peu, pour le commun des mortels, l’œuvre du grand artiste. Or c’est un éclairage nouveau, celui de son aspect politique, qu’ont voulu mettre en avant Anne Dopffer, conservatrice du musée, Grégory Couder, responsable scientifique des collections, avec à leurs côtés Ambre Gauthier, Tamara Karandasheva, Nathalie Hazan-Brunet, Sofia Glukhova, Bella Meyer, Evgenia Kuzmina, Itzak Goldberg, dont les textes font du catalogue, édité à cette occasion, un objet d’art à part entière.

Lors de la visite de l’exposition que commentaient Anne Dopffer, Ambre Gauthier, Bella Meyer et Grégory Couder, cet aspect politique a été décortiqué, creusé et condensé au regard de la longue vie de Chagall qui fut, même si ça déplait aujourd’hui, avant tout russe !

Marc Chagall naît à Vitebsk, Biélorussie, alors partie intégrante de l’empire russe, le 7 juillet 1887. De 1907 à 1909, il séjourne à Saint-Pétersbourg. Il s’inscrit dans plusieurs académies puis il travaille dans l’atelier de Léon Bakst, décorateur des Ballets Russes. Il découvre alors les œuvres de l’avant-garde parisienne et rêve de se rendre à Paris. En 1912 et 1913, il expose au Salon des Indépendants et réalise ses premiers chefs-d’œuvre (Golgotha, 1912, MoMA, New York, Hommage à Apollinaire, 1912-1913, Eindhoven…). En 1914 a lieu sa première exposition particulière, organisée à Berlin par Herwarth Walden à la Galerie Der Sturm. De Berlin, il rentre à Vitebsk où il demeure durant toute la guerre : « le pays qui est le mien » dit-il. En 1917 c’est la Révolution d’octobre. En 1918, il est commissaire des Beaux-arts de sa région natale de Vitebsk. En 1920, après avoir laissé sa place à Kazimir Malevitch, il s’installe à Moscou.

C’est à Moscou que se révèle le positionnement essentiellement yiddish de Chagall. Il collabore avec le Théâtre national juif de chambre (Gosekt) qui illustre la modernité yiddish de la culture. Ce théâtre véhicule une approche scénique révolutionnaire dans laquelle toutes les pièces sont jouées en yiddish, la langue des juifs d’Europe centrale et orientale. Chagall réalise sept panneaux pour les murs du théâtre sur le thème du rayonnement universel des arts et de la modernité yiddish…

« Ich bin Jude  » vers 1940-1950 Archives Marc et Ida Chagall

La totalité de cette production (panneaux, dessins préparatoires, costumes, rideau de scène) est conservée à la Galerie Tretiakov de Moscou, sous le surnom de « la petite boite de Chagall ».

En 1922, Chagall quitte définitivement la Russie et s’installe à Berlin où il travaille à son autobiographie et apprend l’art de la gravure. En 1923 il s’établit à Paris avec sa famille et reprend contact avec le cercle de leurs amis artistes et intellectuels. Le marchand d’art, Ambroise Vollard, lui propose d’illustrer des livres dont Les Âmes mortes de Gogol et Les Fables de la Fontaine. Cette commande déclenche une vague de critiques contre les origines russes de Chagall et incarne une preuve supplémentaire d’une montée de l’antisémitisme dans toute l’Europe. En 1933, quelques mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, le parti national socialiste brûle Le Rabin* de Chagall, lors d’une cérémonie publique à Mannheim. La menace sur le peuple juif que l’artiste avait pressenti est bien réelle. Cette perception se retrouve dans plusieurs de ses œuvres :  Solitude, Le Boeuf écorché, mais aussi dans ses crucifix…  Le 21 juin 1941, l’imminence du danger conduit Marc et Bella Chagall à s’installer New York où Pierre Matisse devient le marchand de l’artiste. Le galeriste organise en 1942, une exposition emblématique titrée Artistes en exil. Les prises de positions politiques de Chagall face aux atrocités commises contre le peuple juif s’intensifient, tant par sa participation à de nombreuses associations engagées, que par la manière de représenter les horreurs du conflit dans ses œuvres.

Chacun de nous porte au pinacle quelques artistes majeurs du XXème siècle dont Chagall fait partie. Personnellement, je n’avais pas, jusqu’alors, une passion  pour cette œuvre, la trouvant (pardonnez cet irrespect) un peu mièvre et répétitive… La thématique de cette exposition et la présentation en diverses salles modestes, mais toutes chargées du drame imminent du martyre et du sacrifice d’un peuple, sont dévoilées ici par de réels chefs d’œuvre, que ce soit : Rabbin noir et blanc ou Juif en prière (1923), Solitude (1933), L’Homme à la tète renversée (1919), Le Nu au-dessus de Vitebsk (1933), La crucifixion en jaune (1942) ainsi qu’une étonnante série d’autoportraits et des surprenants dessins pleins d’humour.

« Le Cheval roux » , 1967 Nice, musée national Marc Chagall

Chagall politique Le cri de liberté est une exposition grave car Chagall a été un témoin et une victime des événements tragiques du XXe siècle, et son œuvre reflète cette terrible expérience. Cependant, il est également un artiste d’espoir et de paix, et ses tableaux nous rappellent que même dans les moments les plus sombres, il y a toujours de la lumière au bout du tunnel. Aujourd’hui, dans les temps troublés où nous vivons, tâchons de nous en souvenir

 

Cette exposition est coproduite par le musée Marc Chagall à Nice ; La Piscine – musée d’art et d’Industrie André Diligent, à Roubaix et la Fundacion MAPFRE, à Madrid.

*Œuvre non identifiée à ce jour. Des recherches sont en cours.

Jusqu’au 16 septembre 2024

Musée national Marc Chagall

36, avenue du Docteur Ménard

06000 Nice

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