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Nam Tchun-Mo, « Lignes et rythmes »

Ceysson & Bénétière Wandhaff

25 mai – 20 juillet 2024

Cette ligne, Nam Tchun-Mo en est le gardien. Le gardien et le garant. La conscience aussi. Il faut tenir cette ligne, à la fois tendue et souple, sans excès de rigueur mais se gardant de tout lyrisme ; une ligne juste, autant que possible… Mais qu’est-ce qu’une ligne juste ? C’est une ligne bien nourrie, avant tout, une ligne chargée de mémoire, mais qui se garde de tout bavardage. C’est une ligne droite sans raideur, ou courbe sans excès de volutes, qui se méfie des e!ets trop faciles et, plus que tout, de ceux qui résultent d’une trop grande virtuosité. Ce peut être tellement séduisant, une ligne ! C’est aussi une ligne qui nourrit ; nourrit un espace, une surface, qui se met à son service sans totalement s’y subordonner ; une ligne généreuse qui prodigue ses bienfaits sans en faire étalage. Cette volonté d’ascèse, on la retrouve aussi dans la parcimonie des couleurs. On a parfois rapproché la démarche de Nam Tchun-Mo de celle des artistes de Dansaekhwa. Il s’est déjà exprimé sur ce sujet : il dit qu’il se sent éloigné de ce mouvement historique – dont il rappelle l’importance, y compris dans son propre parcours –, insistant notamment sur le contexte qui a profondément changé. Au-delà de cette référence à un mouvement artistique majeur, il me semble plus juste de parler, pour Nam Tchun-Mo, de l’influence profonde du paysage. Alors que les artistes de Dansaekhwa se nourrissent du sentiment de nature, d’un point de vue spirituel et philosophique, c’est le paysage réel, trivial, qui nourrit l’œuvre de Nam Tchun-Mo. Un paysage, sinon monochrome, du moins assez avare de couleurs. Et au-delà de la couleur – ou en-deçà, peut-être –, il faudrait parler de la tonalité de ce paysage, constituée essentiellement de bruns, de beiges et de gris. Ce paysage n’a rien de pittoresque ou de démonstratif. Il paraît même parfois un peu pauvre, presque terne. Ce n’est pas du beau et du grand paysage. C’est plus que cela : c’est un paysage du quotidien, familier. Il résulte – en dehors des montages qui occupent la quasi-totalité du territoire de la péninsule –, de l’activité agricole : petites parcelles où l’on cultive le riz, nombreux maraîchages, et donc d’innombrables tunnels, souvent noirs. Avant tout, l’utilisation de ce paysage nous parle d’un rapport particulier à l’espace ; de sa rareté ; un espace que l’on doit occuper intensément, jusqu’au bord des routes et des voies de chemin de fer, à l’instar de ces lanières de jardins densément peuplées de végétaux de toutes sortes qui nous accompagnent dans toute la traversée du pays.

 Olivier Delavallade, extrait de Expanses, in Beam, Lines, Spring, Stroke, Hartmann Book, 2019

13-15, rue d’Arlon, Wandhaff, L8399 Koerich

 

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