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The Whisper of the stars Thierry De Mey

OVNi , ici et là… Festival International d’art vidéo

Christine Barbe « I-Dont-know-how-to-face-it » , 2014

J’ai dit tout le bien que je pensais de ce Festival international d’art vidéo dans mon édito de novembre, mais j’aimerais revenir sur son contenu, non d’une manière exhaustive, je connais mal cet univers de l’image en mouvement, mais en l’abordant comme une promenade nonchalante entre des œuvres et des lieux. Impossible de tout suivre, car les propositions éclatées dans une multitude d’endroits, demandaient un don d’ubiquité pour être toutes vues,  je l’aborderai donc comme une réflexion sur ma perception de ce médium.

Une remarque m’a semblé évidente, l’art vidéo est un enfant qui a besoin de grandir pour échapper à ses parents, une maman peinture/photographie et un papa cinéma. Aucune des œuvres présentées, calmons-nous, je ne parle que de ma perception, ne m’a apportée un choc artistique à la mesure de certaines peintures, photographies, films qu’il m’a été donné de connaître. Il est certain que le temps faisant beaucoup à l’affaire, cet art nouveau, si je me réfère à l’historique de ce medium qui fait remonter sa naissance aux années 60, manque un peu de bouteille, et qu’a l’exception d’œuvres internationales célèbres comme celles de Nam June Paik ou de Bill Viola, par exemple, on a du mal à crier au chef-d’œuvre…

The Whisper of the Stars

Dans la Grande Halle habituellement glaciale du 109, transformée pour l’occasion en une immense et accueillante galerie, je suis tombée en arrêt devant l’œuvre du cinéaste et musicien belge Thierry De Mey, dont le postulat préalable à son écriture musicale et filmique me fait percevoir ce que peut être une œuvre vidéo :  « refuser de concevoir le rythme comme simple combinatoire de durées à l’intérieur d’une grille temporelle, mais bien comme système générateur d’élans, de chutes et de développements nouveaux ».  Pour la décrire avec quelques mots simples, à quoi ressemble sa vidéo : il s’agit d’un cercle lumineux sur lequel une danseuse, par ses mouvements, inscrit dans le temps, un dessin en constant renouvellement.  C’est addictif et fascinant !

Dans la Grande Hall du 109, toujours, l’installation vidéo de Christine Barbe a réveillé quelques moments forts ancrés dans ma mémoire. « I don’t Know I can face it » ou plutôt « Comment y arriver » que dit le visage en gros plan de la première télévision entourée d’autres figures télévisuelles, avec des interventions de peinture, m’a rappelé cette petite phrase : je suis fatiguée, que répète, tournant en rond et agitant son mouchoir, une danseuse de Kontakhof l’inoubliable ballet de Pina Bausch.  La difficulté, la fatigue, la répétition, la représentation du cercle générant un permanent recommencement sont, je crois, ce qui a motivé mon intérêt pour ces deux œuvres, bien qu’extrêmement différentes dans leur inspiration et leur rendu….

image arrêtée du film (toutes images : © Eglé Vismanté)

Dans un tout autre ordre d’idées et dans un savant désordre de lettres que je saurais pas reproduire ici, le titre exact de l’exposition d’Eglé Vistamanté est : « Il est fatidique de deviner le nom du nuage qui passe au-dessus de nos têtes »* une vidéo de 6-min18, présenté par le Forum d’Urbanisme et d’Architecture, a fait partie de mes choix. Il est bon de rappeler que le Forum s’inscrit dans le calendrier du festival d’art vidéo OVNi et qu’il préserve sa spécificité en proposant un moment dédié à la mise en résonance de l’architecture, de la ville ou du paysage avec l’image en mouvement. L’œuvre d’Eglé Vismanté, retenue cette année, nous dit Yves Nacher  « marque une continuité dans notre recherche de regards singuliers. Son auteure est une artiste pour laquelle cette vidéo constitue une échappée hors de sa pratique habituelle dans le champ des œuvres graphiques, mais surtout une artiste qui met régulièrement en scène dans son travail une figuration de l’architecture porteuse de sens. » (…). Eglé Vismanté s’est retirée quelques jours, en 2021, dans une maison isolée de la Vallée de la Vésubie.(…). Il se trouve qu’à peu de distance de ce cadre serein se trouvait un territoire rendu méconnaissable par la tempête Alex l’année précédente — en particulier une maison cette année éventrée dans un paysage devenu littéralement lunaire, dont l’image à l’époque médiatisée ad nauseam avait alors accédé au rang de symbole. ». Cette explication, si elle est nécessaire, ne fait que renforcer cette vision de chaos, de destruction engendrant l’idée d’une architecture fantomatique, inexplorée. Une œuvre imprévue, dominée.

*La théorie des nuages What a glorious morning is this for clouds! John Constable  (1776-1837

Parcours Villes.

Une des spécificités de ce festival qui n’en manque pas, est d’associer des lieux culturels au noyau dur, l’Hôtel WindsoR et quelques hôtels alentour. Cette générosité qui a porté ses fruits  cette année encore, m’a permis de découvrir la grotte du Lazaret que malgré mes racines niçoises je ne connaissais pas. Est-ce le site où la rencontre avec l’œuvre de Justine Emard qui m’ont le plus étonnée ? Le son de la vidéo, en tout cas, reste inscrit dans ma mémoire.

Stéphanie Solinas « Twelve West Coast Stations #03-Le soleil ni la mort »

Autre rendez-vous,  celui de la Villa Ephrussi de Rothschild, site exceptionnel de Saint-Jean-Cap-Ferrat, avec la vidéo, Twelve West Coast Stations #03-Le soleil ni la mort, de Stéphanie Solinas …Enfin, le Nouveau Musée National de Monaco, offre  à Pier Paolo Calzolari   sa maison idéale : « Pier Paolo Calzolari – Casa ideale », un écrin raffiné pour un créateur exceptionnel dont l’œuvre est la plus sensible, la plus immatérielle parmi les artistes de l’Arte ¨Povera. « Casa ideale  joue sur les codes des intérieurs, c’est-à-dire sur les codes de l’intime qui font écho à la dimension existentielle de l’œuvre de l’artiste. On y découvre ou on y retrouve le banc givrant intitulé Lasciare il posto (1970), diverses œuvres historiques au néon, mais aussi la célèbre installation Tolomeo (1989), une table givrée qui fait référence à la culture philosophique de la Grèce antique. Avec Luna (1979) ou des natures mortes réalisées dans le milieu des années 2000 associant peinture monochrome et éléments de sculpture, Calzolari s’est confronté dès 1972 aux grandes questions que soulève l’exercice de la peinture contemporaine. Il a su donner vie à une forme d’abstraction figurative et métaphysique dont témoigne l’installation Tiara con cera e chiodi (2006.

De nombreux autres musées, centres d’art, galeries privées ont joué le jeu de cette fête de l’image en mouvement, élargie il faut le dire, à la peinture, à la photographie à la musique et la danse, mais pour les amateurs avertis, ces lieux avaient déjà rencontré leur public, je pense au Musée national Fernand Léger avec Le balai mécanique la fantastique et drolatique  installation de Pierrick Sorin ou encore  le Musée national  Marc Chagall  avec Les Glaneurs de rêve, de La Compagnie humaine sur des images de Marcel Bataillard , et les expositions des galeries Eva Vautier, Espace à vendre, Librairie Vigna, De l’air…

Parcours Hôtels

Pier Paolo Calzolari – Casa ideale NMNM

Pour ce qui était par le passé le cœur du festival (qui ne s’appelait pas ainsi si mes souvenirs sont bons), les hôtels étaient au cœur de la manifestation, or dans cette 9eme édition, ils semblent avoir été relégués au deuxième rang, si j’en crois le dépliant et dossier de presse de la manifestation. A l’ hôtel WindsoR, on a pu suivre la journée professionnelle et le projet Cosmopolis ; aux hôtels West End et Villa Victoria, le projet Sud Emergence. Les hôtels Le Dech By happy Culture, Grimaldi by Happy Culture ont aussi été participants avec,  semble-il, un projet Happy Culture, mais rien n’est moins sûr… Il faut dire que la communication d’OVNi  est le point faible du Festival. Un problème auquel les organisateurs auront à réfléchir pour commémorer les 10 ans d’OVNi, l’année prochaine.

 Prix

Le Prix OVNi Cosmopolis 2023, sous la présidence de François Michaud, conservateur à la Fondation Louis Vuitton  va à Leticia Ramos avec son installation Drop Skipe, 2023 et le coup de cœur du jury Cosmopolis, 2023 est donné à Liza Ambrossio avec son installation Ver tanto y Estar tan Ciego, 2023…

Le final

La rencontre de l’art en mouvement avec l’art du théâtre, incarné par de jeunes comédiens, donna à cette fête finale orchestrée avec brio par Muriel Mayette-Holz dans sa très minimale Salle des Franciscains, l’élan  dont elle a besoin pour devenir la manifestation incontournable que personne ne pourra plus manquer, même le Maire de Nice !

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