« Rencontre incongrue », Marcel Bataillard, Gerald Panighi

L’art n’est pas dans le pré, mais sur les cimaises d’un lieu champêtre voulu par Elisabeth Balloir-Dijol et Francis Simeoni sur une terre qui est la leur, où ils ont construit à la fois leur maison, et attenante, une salle d’exposition très professionnelle et contemporaine, dans un magnifique paysage sauvage et surprenant dans cet arrière-pays des Alpes-Maritimes si urbanisé aujourd’hui.
Pourquoi incongrue et où se situe cette incongruité puisque « Rencontre Incongrue » a été choisie pour titrer cet événement ? Est-ce parce que le lieu, situé hors des sentiers battus des galeries citadines, nous convie à une partie de campagne artistique ou bien est-ce le face à face entre deux artistes, Marcel Bataillard et Gerald Panighi, qui sont à la fois si étrangers et si proches ?
Les deux mon capitaine ! Mais j’opterais plutôt pour la deuxième proposition car le travail des artistes, chacun dans sa pratique, fait se rencontrer textes et images dans, ce que je pourrais appeler la plus délicieuse incongruité.
Sommes-nous choqués pour autant, pas le moins du monde, bien au contraire car Panighi comme Bataillard sont des êtres à part qui ne labourent pas les champs actuels de l’art : sexe et genre, injustices sociales, problèmes environnementaux, etc., mais leurs préfèrent l’imaginaire sous toutes ses formes, humour poésie, culture, que ce soit un questionnement sur la vie – la leur et la notre – ou simplement l’élégance de nous divertir en nous enrichissant.

On rie et on se creuse le crâne… Où trouver actuellement une telle opportunité ?
Gérald Panighi, dans une de nos conversations, ne cite-il pas Jean Dubuffet : « L’art doit toujours faire un peu rire et un peu peur en même temps. »
Mais revenons à cette première journée de vernissage qui s’est multipliée par trois et a permis à Marcel Bataillard de donner un autre volet de sa pratique, musicale cette fois, en interprétant avec Henri Roger une sélection de chants corses revisités.
Sur les cimaises de cet élégant lieu d’exposition, les images de Marcel Bataillard font face aux dessins associés à des textes, de Gérald Panighi, qu’un public éclairé a découvert galerie Eva Vautier, Nice et galerie Lara Vincy, Paris. Je rajouterai qu’à la galerie Lola Gassin, Nice, Panighi fut exposé avec l’artiste japonaise Junko Yamasaki dans le cadre de l’exposition « La Cote d’Azur et la Modernité » en 2013.
Ici, les œuvres sont de taille moyenne, sur papier bistre ou sale (comme on veut), issues de quelques fanzines ou pages de BD colorées, et ce qui est moins courant chez l’artiste , les textes sont parfois en anglais, une nouveauté qui ne nuit pas à leur attractivité. Je pense à : « The result of misunderstanding » ou bien « Don’t get old to fast » qui dans leur concision, soulignent la part poétique de l’œuvre.
Marcel Bataillard, lui, nous propose un questionnement sur l’intelligence artificielle et ce qu’elle peut offrir à l’artiste comme voies encore inexploitées. A partir de La chambre claire, ouvrage théorique de Roland Barthes, Marcel Bataillard demande à l’IA de créer une œuvre sur les commentaires que Barthes donne de chaque photographie qu’il a choisie de décrire dans son livre. Bataillard, sur le même texte, va parfois renouveler son interrogation jusqu’à obtenir la réponse qui le satisfasse. Nous sommes devant des œuvres réalisées par jet d’encre sur papier de petite taille, entièrement générées par l’IA, montrées pour la première fois à cette occasion. Les textes en italiques sont ceux de La chambre claire de Roland Barthes.
Je reprendrai pour conclure quelques mots de l’excellent catalogue de l’exposition : « Alors, entre Marcel Bataillard et Gérard Panighi ces amoureux du commentaire, ces orfèvres du décalage qui pratiquent avec délice l’art de faire raconter aux images autre chose que ce qu’elles semblent dire, la rencontre était inéluctable. Disons simplement que leurs motivations sont proches mais leur démarche tout à fait différente »
Est-ce dans cette différence que se niche l’incongruité ?
Le Rouret
27 chemin du castellaras
06650 le rouret
Jusqu’au 16 novembre, sur rendez-vous. Tél. 0699807730
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