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Rifkin’s Festival de Woody Allen

Avec : Elena Anaya, Louis Garrel, Gina Gershon, Sergi Lopez, Wallace Shawn, Christoph Waltz.

Sortie le 13 juillet 2022

Un couple américain marié se rend au Festival du film de Saint-Sebastien. Ils sont pris dans la magie du festival, la beauté et le charme de l’Espagne et la fantaisie des films. Elle a une liaison avec un brillant réalisateur français, et il tombe amoureux d’une belle Espagnole qui y vit.

Annoncée comme un œuvre mineure, la sortie d’un film de Woody Allen est toutefois toujours un événement. Avec des hauts et des bas, sa filmographie reste aujourd’hui incontournable. Tombé en disgrâce aux Etats-Unis depuis les accusations d’agressions sexuelles sur sa fille adoptive, il a quitté son New York fétiche à plusieurs reprises pour planter sa caméra en Europe : «Vicky, Cristina, Barcelona» en 2008, «To Rome with love» en 2012, «Minuit à Paris» en 2011 ou «Magic in the moonlight» en 2014.

Wallace Shann et Woody Allen

Dès les premiers instants, on retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de ses films précédents ; un personnage principal double de Woody Allen, hypocondriaque, parano, désabusé, une séance de psy, la voix off et une bande son jazzy.

Mark Rifkin (Wallace Shawn), professeur de cinéma et romancier raté est marié à Sue (Gina Gershon), une attachée de presse qu’il va accompagner sans grande conviction au festival de Saint-Sebastien. Il va découvrir, impuissant que sa femme n’est pas insensible au charme de Philippe (Louis Garrel), cinéaste d’auteur français à succès aussi féru de mondanités que prétentieux. Entre ennui et désespoir de cette déconvenue conjugale, malgré l’âge et la mélancolie, la rencontre avec une ravissante doctoresse va lui redonner l’espoir d’une hypothétique aventure adultère.

Casting

Si dans son précédent film «Un jour de pluie à New York» en 2019, il avait transposé son double en la personne du jeune et fougueux Thimotée Chalamet, dans «Rifkin’s Festival» la mission d’endosser le rôle du sosie de Woody Allen revient à Wallace Shawn, avec qui il avait déjà collaboré dans «Manhattan» puis était apparu dans «Radio Days» en 1987, «Ombre et brouillard» en 1992, «Le sortilège du scorpion de jade» en 2001 et «Melinda et Melinda en 2004. L’acteur new-yorkais est surtout connu pour son rôle de Vizzini dans «Princess Bride» en 1987 et son interprétation du Dr John Sturgis dans la série «Young Sheldon». Par ce choix d’un comédien d’âge mûr, Woody Allen donne le ton de ce film qu’il annonce comme potentiellement le dernier et sonne comme une œuvre crépusculaire et mélancolique.

Gina Gershon, révélée dans «Showgirls» de Paul Verhoeven en 1995 puis dans «Bound» des frères Washowski en 1996 campe une attachée de presse plus vraie que nature en totale admiration pour le réalisateur dont elle fait la promotion. Woody Allen illustre toute son ironie et son recul vis-à-vis du cinéma à travers la futilité de son personnage, grisé par le succès et les paillettes.

Louis Garrel

Louis Garrel se déchaîne dans un rôle assez jubilatoire de réalisateur prétentieux (ne pas louper la scène où il joue des bongos !), avide de renommée que les critiques du monde entier s’arrachent. Le réalisateur de 86 ans n’a rien perdu de son esprit potache et signe des dialogues acerbes teintés de mélancolie.

Pour le rôle du docteur Joanna Rojas, Woody Allen a choisi la comédienne espagnole Elena Anaya, consacrée dans le film de Pedro Almodovar «La pielque Habito» en 2011, aux côtés de Antonio Banderas.

A noter dans des rôles secondaires, Sergi López incarnant un artiste volcanique et peu fidèle et Christopher Waltz désopilant dans une apparition de la mort dans «Le Septième Sceau» d’Igmar Bergman.

Il serait injuste de réduire le film à son scénario facile et à sa visite touristique de Saint-Sébastien. Il rend un vibrant hommage au cinéma d’auteur qui force l’admiration du cinéaste américain et renoue avec l’esprit parodique de ses premiers films. De manière très émouvante et burlesque, il déclare son amour au cinéma européen et en particulier à la Nouvelle Vague en revisitant à travers les rêves de Mort tous les chefs-d’œuvre qu’il adore : «Jules et Jim» de Truffaut, «A bout de souffle» de Godard, «Un homme et une femme» de Lelouch mais aussi «Le Septième sceau» de Bergman, «8 1/2» de Fellini, «Citizen Kane» de Welles…

«Rifkin’s festival» n’est certes pas une œuvre majeure de Woody Allen et par son côté carte postale se rapproche des défauts de ses précédents films européens. Sa mise en scène un peu paresseuse et le scénario n’offrant que peu de surprise n’est pas à la hauteur de «Blue Jasmine» ou «Match point». Cependant, avec des trouvailles visuelles rafraîchissantes et des dialogues ciselés et drolatiques, Woody Allen offre un film léger à regarder et vaut toujours mieux que la plupart des nombreuses sorties hebdomadaires.

Isabelle Véret

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