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Sandra Lecoq le Dojo 2023

Sandra LECOQ « Droit dans le mur, La Harde »*

Qu’est-ce que tu nous racontes Sandra ? Est-ce un inventaire à la Prévert ou le jeu des queues, tu sais, on l’appelle aussi le Marabout, souviens-toi : « j’en ai marre, marabout, bout de ficelle, selle de cheval, cheval de course, course à pied, pied à terre, terre de feu, feu follet… ».

Sandra Lecoq,  le Dejo, photo François Fernandez

Tu es un peu tout ça, Sandra ! Tu t’énerves quand on ne comprend pas tes urgences, et la magie n’y est pour rien, alors tu uses de ce qui te tombe sous la main, et si tes chevaux ne galopent pas sur les murs, tes personnages eux s’envolent ou restent collés au sol par leurs drôles de chaussures… Tu es cette lueur qui voltige la nuit sur les marais, oui, une artiste, un feu-follet…

Ces quelques mots n’ont pas plus de sens que la galerie de portraits que tu proposes à tes adulateurs et si tu nimbes tes personnages d’un rose lénifiant, ils n’en sont pas moins inquiétants pour autant. Leur triste ronde est pourtant féerique et de cette humanité fracassée se dégage une joie bon enfant que ne ternit pas les corps tout en bouche, les  gnomes écoliers et les animaux débonnaires. Avec l’art du patchwork que tu pratiques à ravir depuis bien longtemps, tu construis, animes et  assembles, l’élégance à la misère, le grotesque à la poésie, pour nous emporter, heureux, finalement, dans une étrange farandole.

Sandra Lecoq
le Dojo 2023
vue exposition

Cette lettre à Sandra Lecoq n’explique rien. Elle dit simplement mon admiration pour cette artiste talentueuse et courageuse. Son texte, aussi brillant que sa démonstration plastique, vous éclaireront, peut-être, sur l’étrange univers qui est le sien et qu’elle revendique avec ténacité.

*« Droit dans le mur »

Expression d’une mauvaise direction, promesse d’un échec, non. Ou alors autant vouloir faire le cap Horn en paddle avec un lapin sur la tête.

 » La Harde », absurde et clownesque troupeau de bêtes sauvages. Il y a ceux qui tombent en costume cravate, banquier à banqueroute, marié déçu.

Il y a celui qui regarde décontracté le monde s’écrouler, alexithymique mélancolique.

Il y a ceux, joliment dangereux, excités de la gâchette, trinquants aux cocktails molotov, motifs fleuri ou vichy.

Il y a la fille aux cheveux courts, le garçon aux boots pailletées,

Il y a ceux qui revendiquent le droit de fumer.

Il y a l’autre qui a perdu la tête, moitié dandy, élégant du haut, négligé du bas, qui traine ses tongs.

Il y a l’hystérique sur talons aiguilles au trois quart à poil, qui braille tellement qu’on ne l’entend plus.

Il y a le petit timide, voyeur caché sous un carton.

Il y a la monstrueuse, gourmande cannibale, suivie par la marmaille.

Il y a la silhouette lourde et engagée de la ménopausée qui veut encore lutter.

Il y a tout ça en colère !

Puis « La Dolce Vita » cheveux et chien au vent qui croise des manifestants.

« Female wild soul »

« Ta gueule »

« HA HA HA »

Et pourquoi pas, je suis tout ça.

Peintre, à la couture, je préfère la colle de peau, peau de chagrin, la colle totin, colla bianca legno, carta.

Dans l’urgence de la vie qui file, le geste est rapide, la colle fait des taches, les taches dessinent des ombres, la colle amalgame et fossilise dans le travail qui se fait, couleurs, poils de chiens, cheveux d’anges, poussières d’atelier et cendres de cigarettes.

Être artiste, c’est coller ma rage à la hauteur de ma joie, travailler à une illusoire mais sémillante éternité.

C’est en tous les cas, toujours essayer de gagner en humanité.

Sandra Lecoq,2023
le Dojo
vue exposition (c) François Fernandez

Sandra Lecoq, 2023

Exposition du 14 février au 18 mars 2023

Circonstance Galerie

Le Dojo

22 bis, boulevard Stalingrad 06300 Nice

 

 

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