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SUR LA ROUTE DU FEU, ADAM BOGEY

24 septembre | 29 octobre, 2022
Un dimanche à la galerie – 16 octobre, 2022

Nous serons ravis de vous retrouver ce dimanche 16 octobre 2022, entre 14h et 18h, à la galerie, avec le Comité Professionnel des Galeries d’Art pour une nouvelle édition d’Un dimanche à la galerie, aux côtés de 140 galeries et en partenariat avec Paris + Art Basel. L’occasion de venir (re)découvrir l’exposition de Adam Bogey, Sur la route du Feu.

 A l’occasion de sa première exposition personnelle à la galerie Pauline Pavec, l’artiste franco-mexicain Adam Bogey dévoile les dernières recherches issues de sa série des Fuegos [Feux], démarche picturale débutée en 2020 et marquée par un dévouement total à un unique motif : le ciel.

Évoquant des paysages atmosphériques de haute altitude, les cinq toiles présentées dans l’exposition sont envahies de nuages embrasés. Réalisées à l’aide de pastel gras dont les couleurs pures accentuent les effets de contraste, les nébuleuses sombres zébrées de rouge et de bleu profond détonnent face à l’éclat des trouées de lumière. Ébouriffées, chargées de pluie et de tonnerre, celles-ci menacent à tout instant de se résoudre en orage et d’épancher leur violence régénératrice. Adam Bogey met en scène une dramaturgie cosmique où se découvre, entre effroi et exaltation, la vision d’une nature fougueuse et primitive qui, dans un climax momentané, augure un futur incertain et nous plonge dans une méditation abyssale sur les forces qui régissent le monde.

Ce sentiment vertigineux, accentué par l’exubérance des couleurs et la profondeur du champ pictural, est redoublé par l’absence de perspective et d’horizon qui évacue tout sentiment d’échelle et de repère, obligeant le regardeur à naviguer dans un océan stellaire en pleine déperdition. Les formats étroits et génériques, accrochés tantôt à l’horizontale tantôt à la verticale, canalisent la vitesse et le déroulement du regard de l’observateur qui se voit contraint de se déplacer dans le tableau en zigzaguant cahin-caha de droite à gauche ou de haut en bas. Plutôt que de nous entraîner dans l’immense continuum céleste, hors de l’espace pictural, à l’instar des paysages all-over d’un artiste comme Jon Schueler, les toiles longilignes d’Adam Bogey ont été pensées comme des meurtrières, confinant le regard à l’intérieur du cadre et malmenant le visiteur dans un huit clos étouffant et sublime.

Sur fond de conjecture métaphorique et prophétique, Adam Bogey fait du ciel le prétexte d’une réflexion profonde sur la peinture. En s’adonnant de manière compulsive et sérielle à ce même sujet depuis plus de trois ans et en travaillant à partir d’une iconographie impersonnelle issue d’un thésaurus d’images le plus souvent trouvées sur Internet, l’artiste évacue tout système auctorial ou idiosyncrasique. N’utilisant que du pastel appliqué sur des toiles libres directement à la main, sans le truchement de l’outil, il instaure un retour aux fondements de l’art et pose les conditions de la possibilité d’une peinture qui, comme son motif (le nuage est ordinaire et peut être observé par tous), présente une universalité d’appréciation communément partagée. C’est ainsi qu’au-delà du romantisme kitsch qu’elles peuvent évoquer, les œuvres de l’exposition invitent à une réflexion kantienne très actuelle sur l’essence de l’art et sur ses capacités, encore aujourd’hui, à créer un espace commun, apte à réinventer le monde.

Roxane Ilias

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