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Caroline Vicquenault "Le Verdon", 2023, huile sur toile, 160x200 cm

That ’s Oil Folks ! Stéphane Arcas, Fabien Boitard, Clémentine Taupin , Caroline Vicquenault.

Clémentine Taupin « Le Charolais », 2023,

L’exposition collective That’s Oil Folks !  qui réunit à La Station quatre artistes contemporains – Stéphane Arcas, Fabien Boitard, Clémentine Taupin et Caroline Vicquenault – se propose comme un deuxième volet de l’exposition Back to the peinture réalisée en 2017 et réunissant les artistes Dominique Figarella, Yann Gerstberger, Tom Giampieri, Virginie Hervieu-Monnet, Adrien Vescovi et We Are The Painters. Ces projets, n’ayant pas la prétention d’être exhaustifs, tentent de montrer les questionnements actuels et les influences historiques de la peinture contemporaine. Ce médium, dont l’agonie est régulièrement annoncée, ne cesse de résister et ne se résout pas à devenir une figure du passé, au contraire, elle entend juste à continuer de devenir. Elle s’accroche au présent et se laisse saisir et malaxer par une succession de nouvelles générations depuis au moins les 3 dernières décennies qui nous intéressent ici.

 Doit-on se réjouir ou déplorer d’avoir eu raison ?

Dois-je sauter de bonheur en lisant, à l’occasion de cette collective à La Station, le texte sous forme de manifeste de Cédric Teisseire. En effet je suis comblée et je ne peux que céder à la tentation de dire combien je partage ces lignes qui définissent la position de la peinture contemporaine aujourd’hui, par rapport aux décennies passées.

Depuis les premières expositions de ma galerie comme dans mes textes, ce qui situe mes débuts aux alentours des années 80, je n’ai pas toujours eu la vie facile avec la peinture. Ceux que je décidais d’exposer étaient de jeunes artistes à peine sortis des écoles, et malgré tout – une anomalie à cette époque – ils se consacraient à la peinture. Circonstance aggravante, je n’ai pas sollicité la protection de récentes célébrités de la Figuration Libre comme Blanchard, Boisrond, Combas ou Di Rosa, ni celle de commissariats – on ne les appelait pas encore comme ça – d’institutionnels ou de critiques, se prêtant à cet exercice. Comme j’aimais découvrir, j’ai aussi refusé les protecteurs, même les grands comme Bernard Lamarche Vadel qui, malgré ses goûts pour l’abstraction, m’avait proposé quatre jeunes peintres. Seul Ben Vautier, que je considérais comme mon mentor, avait fait la sélection de douze artistes niçois pour ma première exposition de groupe, que j’avais accrochée dans mon appartement, rénové à cette occasion. Parallèlement, sous le nom flamboyant de « Marseille présentez Art » j’organisai avec Serge Aboukrat à la galerie Sans-titre, cours Saleya, une exposition de jeunes artistes marseillais déjà reconnus comme Richard Baquié, Gérard Traquandi, Marie Ducaté, Guy Ibanez et d’autres encore.

Cette prérogative donnée à la peinture, je l’ai  pratiquée au cours des longues années de ma vie, pas exclusivement, mais principalement, et ce choix m’a apporté beaucoup de richesse et de joie, car ils étaient  des êtres irréductibles, fidèles et généreux ces petits soldats de la peinture, qui ne craignaient pas de nager à contre courant, de se faire étiqueter comme ringards par les plus féroces attaquants ou simplement dépassés par les plus policés.

Ils n’ont plus eu à se battre de la sorte aujourd’hui, les artistes de That’s Oil Folks!  Ils présentent une exposition pleine de vie et de fraicheur dans un espace, le 109, qui nous a habitués à plus de froideur (je parle surtout du lieu) dans une recherche de nouveau à tout prix, pas exempte parfois d’un sentiment de déjà vu  ou de ridicule dans la sophistication .

That’s Oil Folks! 

Stéphane Arcas
« Tuer Fume, Stocchastic Ghost », 2024,

Je me répète, mais cette exposition est porteuse d’allégresse et de santé, et c’est si rare en ce moment qu’il est bon de le souligner. Est-ce la magie de la peinture qui rend cohérentes des expressions si variées qu’on peine parfois à les reconnaître ? Stéphane Arcas, artiste protéiforme « iconoclaste-multimédia », se consacre depuis 2023 intensément à la peinture, et ça se voit ! J’aime son univers où un brin de fantastique se glisse dans des images d’un réalisme ordinaire. De Clementine Taupin j’ai retenu ce qu’elle appelle des zones entre fiction et réalité rurale. Ses vaches sont saisies en tant qu’êtres dans un cadrage cinématographique et non comme simples éléments de paysages bucoliques. Caroline Vicquenault revendique une pratique centrée sur la peinture à l’huile, par laquelle nous dit-elle, elle explore des thématiques personnelles et universelles à travers une figuration sensible et narrative qui s’inscrit des problématiques picturales contemporaines. Il y a  dans ses paysages où le réel et l’imaginaire se conjuguent, un velouté que seule  l’huile peut rendre avec autant d’intensité. Je n’ai pas saisi ce que Julien Boitard a voulu dire avec ses recherches picturales, mais c’est le danger  des expositions collectives  où  il est difficile de prêter à chacun la même attention.

Pour conclure je dirais avec Cédric Teisseire : « Les questions du quoi peindre aujourd’hui ou l’inénarrable « tout a déjà été fait » s’évacuent au profit d’un appétit rageur de s’approprier le monde qui nous entoure et la Peinture dans tous ses courants, ses styles, ses dogmes, son histoire pour éclater le tout en une multitude de singularités, d’inventivités, d’hybridations où les notions formelles du médium deviennent le message ou en tous les cas une de ses émanations du sens. »

Exposition collective

8.02.25 >12.04.2

L’atelier de David Raffini

Brumes et ondoiements

 En parallèle à That’s Oil Folks l’artiste David Raffini de passage à La Station où il résidait de manière permanente il y a tout juste dix ans, travaille actuellement à la construction de tableaux dans l’atelier des résidents temporaires.  Brumes et Ondoiements est la synthèse picturale d’une réflexion sur le processus, initiée en 2007. L’atelier permet l’organisation méticuleuse des productions qui en découlent. Ces dernières seraient nées d’une expérience banale ; celle de scruter par la fenêtre l’apparition et la disparition d’un horizon dans la brume.

La posture romantique de peindre la sensation d’un paysage ne diffère pas tant de ce que l’on connaît du travail de David Raffini, mais semble tendre ici à un désir de synthèse. Cela donne naissance à une série de « portraits de paysages « abstraits ». Ces vapeurs colorées s’imprègnent à la fois dans le support, puis dans la rétine de celui ou celle qui regarde. Les tissus peints sont des torchons, des draps, ou encore des bâches de protections utilisées par les peintres en bâtiment.

Au premier plan des tableaux de la série Brume et Ondoiement, le regard est comme perturbé par des plis. Ils donnent la sensation que le support n’est pas plan. L’illusion trompe l’œil, et il faut s’approcher pour le comprendre. Les drapés sont peints par l’artiste. Cela rappelle la condition initiale du tableau : de la couleur imprégnée sur une étoffe qui ondoie naturellement lorsqu’elle est exposée au souffle de l’outil qui l’a peint.

Il se dégage des ces œuvres une sensation de silence et de recueillement qui appelle à une lente et profonde contemplation pour voir apparaitre ce presque rien, qui est l’essence même de la peinture.

Le 109

89, route de Turin, 06300 Nice

Mail : starter@lastation.org

Téléphone : +33 (0) 4 93 56 99 57

RS : @lastation_nice // @lastationstarter

Site internet : www.lastation.org

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