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Hélène Adant
Matisse Dessinant Lydia Delectorskaya, Le Régina, Nice, V. 1952, Tirage D’après Fichier Numérique © Centre Pompidou, MNAM / CCI Bibliothèque Kandinsky/ Hélène Adant Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI Bibliothèque Kandinsky, Dist. RMN-¬‐ Grand Palais / Hélène Adant
Hélène Adant Matisse dessinant Lydia Delectorskaya, Le Régina, Nice, v. 1952, tirage d’après fichier numérique © Centre Pompidou, MNAM / CCI Bibliothèque Kandinsky/ Hélène Adant Photo : © Centre Pompidou, MNAM / CCI Bibliothèque Kandinsky, Dist. RMN-¬‐ Grand Palais / Hélène Adant

Tout ce que je n’ai pas écrit cet été !

En ce dernier jour d’août le bilan de mon blog est bien maigre ! A l’exception de mon édito, je n’ai fait aucun compte rendu d’exposition, aucun portrait d’artiste, aucune de critique de film, pas même un moment d’humeur, alors comment ne pas avoir honte d’une telle paresse. C’est pourtant une période de l’année où la Côte d’Azur est riche en événements de qualité, trop peut-être, pour que votre serviteur (pas de féminin approprié) puisse couvrir toutes ces festivités !

Alors pour ne pas laisser passer ce mois sans une ligne, j’ai choisi ce soir de vous parler de trois moments que j’ai particulièrement aimés : un concert un peu confidentiel durant le Nice Jazz Festival, une exposition, baroque à souhait à la Fondation Maeght et la rencontre des deux géants du XXème siècle, Matisse et Picasso, La Comédie du Modèle !

Mon concert, durant le Nice Jazz Festival du mois de juillet, n’a pas été un des plus médiatisés. Nice-Matin ne lui pas consacré une ligne, ou alors peut-être une demie, mais que voulez-vous, mode oblige, Orelsan se produisait sur la Scène Masséna alors que mes jazzmen clôturaient leur prestation et que déjà le bastonnage Orelsan couvrait leurs plus belles notes, mais j’y reviendrai…

Joshua Redman

Ces musiciens faisant raisonner la Note bleue à nos oreilles et dans nos cœurs n’étaient autres que Joshua Redman *, Saxophone, et Billy Hart, Batterie, avec Ethan Iverson, Piano et Ben Street, Contrebasse qui donnèrent au Théâtre de Verdure un concert, qui pour quelques vieux aficionados, fut un moment de grâce ! Puisqu’on parle du bon vieux temps, je n’oublierai jamais la prestation d’Art Blakey, dans cette incroyable salle de concert derrière les Galeries Lafayette à Nice, où ce diable de batteur, sautant d’une caisse à l’autre, nous fit découvrir, petits Niçois que nous étions, ce qu’était la batterie ! J’ai retrouvé cette flamme chez Billy Hart, avec l’âge en plus c’est vrai, mais ça m’a émue aux larmes ! Quant au chant du saxo de Joshua Redman, il fut enchanteur, virtuose, inventif, comme les moments inoubliables que Miles Davis donna à Cimiez ou à la Pinède ! Pour l’anecdote, alors qu’ils étaient en train plier bagages, nos applaudissements exaltés, couvrant tant bien que mal les premières notes d’Orelsan, les encouragèrent à nous offrir deux reprises sublimes !

* Extrait d’une interview de Joshua Redman par Serge Loupien pour Libération

S. L. :N’êtes-vous pas tenté parfois de vous prendre pour le nouveau maître du monde?

J. R : Pour devenir le maître du monde, il faut avant tout le désirer ardemment. Or, ce n’est pas mon cas. Je ne cherche pas absolument à être au sommet. Le pouvoir n’a rien à voir avec l’art. On aime bien échelonner les artistes parce que ça permet de mieux les comprendre et de dresser des schémas tout faits. C’est facile de dire que Miles Davis est le plus grand de tous, mais la vérité est tout autre. Aussi grand qu’ait été Miles Davis, il ne l’était pas plus que Clifford Brown, Kenny Dorham, Dizzy Gillespie ou Louis Armstrong. Ou même qu’un trompettiste anonyme vivant au coin de la rue et que personne n’a eu l’occasion d’entendre ailleurs. L’art est subjectif, l’hégémonie un terme relatif.

2012, Gisant, « L’acceptation de la mort sur le chemin de la lumière »

Pour mon œuvre de l’été, c’est incontestablement Jan Fabre, avec « Ma nation : l’imagination » à la Fondation Maeght qui remporte la palme. Je crois que mon premier contact avec Jan Fabre remonte à l’exposition, A la recherche d’Utopia, sculptures/installations 1977-2003, au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice, en décembre 2003. Nous avions parlé quelques instants, et en bonne groupie, je lui avais dit mon admiration pour son travail multiforme et véritablement inclassable. cette fois, j’ai manqué la visite de presse toujours passionnante qu’Adrien Maeght organise à chacune des expositions de la Fondation, que ce soit pour Arroyo, Lee Bae et dernièrement Jan Fabre, mais je me suis précipitée le lendemain au vernissage où j’ai été frappée du même enchantement !’

Jan Fabre

Comment dans ce monde si policé de l’art contemporain où faire appel à des perceptions élémentaires est devenu synonyme de vulgarité, oser parler d’enchantement ? C’est pourtant ce que m’a inspiré ce « guerrier de la beauté », comme le titre un des paragraphes du beau texte de présentation sur Fabre. Laissons parler l’artiste, n’est-ce pas la meilleure façon de rendre compte ? « L’art que je perçois est un moyen de défense de la vulnérabilité de notre état d’humain, de défense de la vulnérabilité de la beauté ». Pour Jan Fabre, l’art ne consiste pas en une simple quête spirituelle, mais il est investi d’une puissante dimension corporelle. C’est pourquoi, conjointement à des éléments physiques de tout ordre, pouvant parfois paraitre anecdotiques, baroques, Jan Fabre aborde des thématiques aussi diverses que la condition humaine, les instincts primaires, le monde des rêves ou encore les relations parfois complexes existant entre l’humain et le monde animal. Pourquoi un travail de guerrier ? Parce qu’il révèle un art de l’affrontement, souligne la finalité d’une quête idéaliste et met en lumière la dualité d’un Janus exhibant les contraires pour mieux les transcender : passé/avenir, vie/mort, rêve/cauchemar, discipline/chaos, corps physique/corps spirituel, réalité/fiction, immobilité/métamorphose, disparition/apparition…  

Jan Fabre le dit, il a conçu cette exposition « sur-mesure » pour la Fondation Maeght. Il l’a voulue spirituelle dans tous les sens du terme, à la fois onirique, grave, mais avec l’ironie des jeux de l’humour à la manière de James Ensor…

Jan Fabre, « Cerveau de Janus-Yeux-verts », 2012.

Un dernier mot de l’artiste : « Le cerveau est la partie la plus sexy du corps humain », ce pourquoi, sans doute, il a choisi d’illustrer le carton d’invitation par cette masse de matière grise, extrêmement nourrie de sang, trouée de deux yeux pétillants qui nous disent de ne pas le prendre, mais surtout de ne pas nous prendre trop au sérieux !

Jusqu’au 11 novembre 2018, la Fondation Maeght accueille l’artiste belge Jan Fabre. L’exposition est consacrée à ses sculptures essentiellement en marbre et à ses dessins traitant de la pensée, du corps, de nos rêves et surtout, de nos imaginaires en dialogue avec les découvertes scientifiques, avec l’esprit et le cerveau qui deviennent une source, une terre, un personnage dont nous vivons les aventures.

Fondation marguerite et aimé maeght

Saint-Paul de Vence.

Henri Matisse, « Jeune femme en blanc, fond rouge (Modèle allongé, robe blanche) », 1946

Le troisième volet de mes amours de l’été, je le consacre, noblesse oblige, à la grande exposition, Matisse et Picasso, la comédie du modèle. Inscrite dans un programme cultuel international Picasso-Méditerranée, l’exposition bénéficie d’un prêt exceptionnel de plus de trente œuvres du Musée Picasso-Paris, ainsi que de cent vingt prêts d’œuvres de Matisse et de Picasso provenant d’institutions publiques, nationales et internationales et de collections privées.

Mettre en scène ces deux monstres sacrés du XXème siècle qui n’avaient plus été réunis depuis 2002, à l’occasion de l’exposition Matisse-Picasso à Londres, New-York et Paris, était une gageure que Claudine Grammont, nouvelle directrice du Musée Matisse de la Ville de Nice depuis un an, a gagnée haut la main, ce qui n’était  certainement pas une mince affaire. Sans vouloir entrer dans les arcanes du musée, il n’est pas exagéré de dire que, fut un temps, entre la famille Matisse et la Ville de Nice, l’atmosphère n’était pas au beau fixe, mais les choses ayant beaucoup évolué, plusieurs membres de l’illustre lignée témoignaient par leur présence, lors du vernissage, de cette amélioration climatique…

Pablo Picasso
« Le peintre et son modèle » (ensemble de 8 dessins), 1970

Mais revenons à l’exposition et à l’angle choisi par Claudine Grammont, la comédie du modèle,  pour faire dialoguer ou se confronter deux génies aux tempéraments bien trempés. Un choix d’autant plus pertinent qu’à Nice comme dans ses environs, notamment à Vallauris et à Vence, les deux hommes se côtoyèrent à partir des années 1940 et que l’atelier d’Henri Matisse au Régina, où Pablo Picasso lui rendait visite, est situé à quelques dizaines de mètres seulement du Musée.

Si le titre de l’exposition, « Matisse et Picasso, la comédie du modèle », reprend les termes de « comédie du modèle » utilisés par Louis Aragon dans son ouvrage Henri Matisse, roman, la construction de l’exposition telle que la conçue Claudine Grammont, s’articule en quatre sections intitulées « Projeter », « Transformer », « Convoiter » et « Posséder », quatre problématiques où la question centrale reste le rapport entre le peintre et son modèle et la représentation du corps dans l’acte créateur.

L’architecture de l’entrée du musée sur laquelle je ne reviendrai pas, tant je la trouve regrettable au regard du corps du bâtiment, constitué de cette belle villa fin XVIIème, conditionne un accrochage d’œuvres modestes en taille et dans ce cas, l’ensemble de cinquante photographies d’Henri Matisse et de Pablo Picasso saisis dans leur environnement par des grands noms de la photographie tels qu’Henri Cartier-Bresson, Brassaï, Lucien Clergue, Hélène Adant ou Dora Maar, sont parfaitement mis en valeur. Les parentés entre les ateliers sont flagrantes, la lumière, un certain désordre organisé, des objets hétéroclites – A ce sujet, j’ai encore en mémoire, dans le musée à son origine, de l’emplacement du guéridon incrusté et du fauteuil aux accoudoirs recourbés, posés là, comme si Matisse allait entrer dans la pièce – bouleversant !

Henri Matisse, « Autoportrait », 1918

Par une succession de couloirs on pénètre ensuite dans la Villa proprement dite. Le premier chapitre, Projeter, s’ouvre sur un étonnant dessin de Matisse, Paysage de Saint-Tropez (1904, musée Matisse, Nice), dans lequel l’artiste inscrit sa main et son pied dans le cadre. L’œuvre pose d’emblée la question de la projection du corps de l’artiste dans l’acte pictural. Matisse comme Picasso, se sont attachés, dès le début du XXème siècle, à interroger la nature de l’acte perceptif. L’artiste n’est pas pour eux un simple regard mais le vecteur d’une perception multi sensorielle impliquant l’ensemble du corps. Cette notion se manifeste par une mise en abîme de l’artiste en train de peindre, comme dans l’Autoportrait peint par Henri Matisse en 1918. Ces jeux de miroir impliquent également le modèle, en tant que double du peintre.

Le deuxième, Transformer, montre l’intérêt d’Henri Matisse et de Pablo Picasso pour les arts primitifs qui leur permettent de se libérer de la représentation classique du corps. Le point d’orgue de cette séquence est le fameux portrait de Marguerite (1907, Musée national Picasso, Paris) que Picasso échange avec Matisse, œuvre fondatrice d’un travail d’émulation entre les deux artistes. Alors que Matisse s’attache, par un travail de décantation à trouver le signe propre à exprimer le plus fidèlement possible son émotion, Picasso, lui, imagine la transformation du signe, sa migration. Mais au-delà cette différence d’approche fondamentale, l’un et l’autre cultivent à travers la métamorphose du matériau, sa capacité de s’auto-générer, jusqu’à laisser l’artiste témoin de sa propre création.

Le troisième, Convoiter, s’ouvre sur le Faune dévoilant une femme, de Picasso (1936, kunstmuseum Pablo Picasso, Münster). Le modèle livré au regard du peintre peut être l’odalisque alanguie de Matisse, figure lascive d’un songe oriental que Picasso s’approprie lorsqu’il pense à son aîné, le critique parfois férocement ou lui rend hommage. Il peut être aussi la dormeuse, sujet cher aux deux artistes dans les années 30, une période d’affrontement esthétique intense entre eux. Le Rêve de 1935 (Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris) est la réponse de Matisse aux dormeuses de Picasso, par laquelle il rappelle son intérêt pour la sphère de l’inconscient, qui n’était donc pas la seule prérogative de son rival, adulé du milieu surréaliste. Enfin,  Posséder, réactive le duel créatif entre les deux artistes sur les sujets mythologiques. A un ensemble autour du thème de Nymphe et faune et à dix-sept calques autour du thème de l’Étreinte pour une édition du Florilège des amours de Ronsard, réalisés par Henri Matisse, répondent les eaux-fortes de la Suite Vollard de Pablo Picasso ou encore la peinture sur fibrociment, une Joie de vivre, qui ne cache pas son ascendance matissienne.

Un mot de Christian Estrosi, Maire de Nice au sujet de l’exposition Matisse :

(…). Étape niçoise du programme Picasso-Méditerranée à l’initiative du Musée national Picasso-Paris, l’exposition « Matisse et Picasso, la comédie du modèle » mettait au jour la relation complexe entre les 2 géants de la peinture qui se sont côtoyés à Nice et Vallauris dans les années 1940.

Du 23 juin au 30 septembre 2018, le Musée Matisse a ainsi accueilli plus de 82.000 visiteurs pour l’exposition « Matisse et Picasso, la comédie du modèle ». Une affluence record jamais atteinte dans l’histoire de ce musée qui retrouve ainsi une audience nationale et démontre l’efficacité de notre politique culturelle en faveur du rayonnement de Nice.

 Je tiens à féliciter Claudine Grammont, responsable du Musée Matisse et commissaire de l’exposition, pour le talent avec lequel elle a conduit cette grande exposition d’intérêt national.

 Je remercie également Laurent Le Bon, Président du Musée national Picasso-Paris, grâce à qui l’exposition a pu bénéficier d’œuvres majeures issues de ses collections, et dont le soutien a permis d’offrir au grand public un événement culturel de cette portée. »

Musée Matisse

164, av des Arènes de Cimiez – 06000 Nice

 

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