Skip to content

Ultra Violet, une star malgré tout !


La célèbre langue, 1967(Lee Kraft)

 

D’ici bientôt dix ans, Isabelle Collin Dufresne rejoindra son rayonnement ultra violet. En souvenir d’elle j’ai mis à jour cet article que j’avais écrit à l’annonce de son décès. Je n’ai pas eu envie d’en changer une ligne.

« Il y a longtemps que j’avais envie de donner un éclairage différent sur la personnalité d’Isabelle Collin Dufresne surnommée Ultra Violet par elle-même, si je me souviens bien, et non par Andy Warhol comme le veut la légende et ce qu’elle laissa croire…

Tout d’abord, je copie ces quelques mots que j’ai écrits à chaud sur facebook, à l’annonce de son décès :

« Ultra Violet n’est plus, c’est bien triste…

Elle m’avait invitée à passer une dizaine de jours chez elle, il y a deux ans, à New York, dans son appartement dont les 400 mètres de terrasse surplombaient le musée Guggenheim… Nous avions fait des dîners d’artistes français. Elle aimait que je fasse la cuisine… Elle se nourrissait si bizarrement mal !

Au Consulat de France, New York

Nous avions une relation très spéciale… Ultra avait un certain respect pour le travail que j’avais fait avec Art Jonction ; elle y avait d’ailleurs signé son livre « Famous for 15 minutes ». Moi, une admiration pour sa vie, qui était un vrai roman, pour son intelligence, qui était grande (on ne l’a pas assez dit), et pour son opiniâtreté à vouloir, à son âge et malade, tenir sa place dans le monde de l’art, cette fois non pas en groupie de Warhol mais en tant qu’artiste…

Elle avait un juste regard sur le monde de l’art qu’elle avait bien connu. Il n’était pas tendre et elle ne se leurrait pas non plus sur son propre travail, mais elle voulait avoir sa place et c’était courageux.

Pendant que je me dorais au soleil sur sa merveilleuse terrasse, elle partait tous les matins prendre son métro, avec son petit sac à dos, pour aller travailler dans son atelier !

Un sacré personnage, la « Méga Mauve » (comme disait Aurélie, dans les bureaux d’Art Jonction) dont je ne suis pas près d’oublier ni l’humour, ni la générosité… » Compte tenu des liens dont je fais état dans ce petit texte, j’ai envie d’en dire un peu plus sur cette femme qui a souvent donné d’elle l’image d’une « exhibitionniste cherchant par tous les moyens à faire parler d’elle » (sic).

Je l’ai connue, je crois, en 1990 quand elle est venue en France pour la signature de son livre « Famous for 15 minutes ». Les médias TV, presse écrite etc. s’étaient déchaînés et elle avait tout naturellement contacté Art Jonction pour une dédicace…

Une relation s‘est alors créée entre nous…

Elle m’appelait quand elle arrivait à Nice, m’invitait dans ce magnifique appartement de la rue Clément-Roassal, à des déjeuners de famille toujours surprenants car il était difficile de savoir qui était qui, à l’exception de son père, grand bourgeois à la fière allure, qui siégeait en patriarche pour ensuite s’éclipser afin de suivre les derniers cours de la Bourse…

Elle m’avait dédicacé son livre, bien sûr, et avec Robert Huang Haï, nous lui avions organisé une petite exposition au Forum, promenade des Anglais à Nice…

J’avais de ses nouvelles, ponctuellement, par les uns et les autres, jusqu’à ce que j’aille vivre à New York.

Nous fûmes plusieurs fois invités avec mon ami marchand d’art, qui espérait bien lui acheter ses « Fleurs » de Warhol, cette immense toile libre, suspendue du plafond jusqu’au sol, dans son extraordinaire appartement de la 86ème Rue ! Elle ne voulait pas s’en séparer, mais les mauvaises langues de New York disaient qu’elle l’avait vendue depuis longtemps et que celle accrochée au mur était une copie !

Avec Pascal Blondeau
Avec Andy Warhol
Avec Andy Warhol

Comme à Nice, j’ai rencontré des neveux à elle dans ces déjeuners, mais peu d’artistes ; parfois des groupies warholiens lui rendaient visite et elle les recevait avec simplicité et aisance. Nous nous voyions sur les foires américaines, dans les vernissages new-yorkais, avec un réel plaisir, mais sans cette chaleur que j’aime rencontrer chez les artistes.

Ce n’est qu’il y a deux ans que nos rapports se sont resserrés. Ultra Violet souhaitait que je sois son agent pour l’Europe, et moi je ne me sentais pas de tenir ce rôle…

Elle m’avait invitée à passer dix jours chez elle et m’avait fait rencontrer des gens importants, qui croyaient en elle et voulaient la sponsoriser…

Nous avions alors postulé à Art Paris et avions été refusées. Pourtant ses Selfies étaient dans l’air du temps et j’ai vu de bien plus mauvaises choses à Art Paris depuis…

Ultra Violet

Mais mon envie de parler d’Ultra (je l’ai toujours appelée comme ça) ne vient pas de son côté paillettes, celui-là, tout le monde le connaît, mais plutôt de la femme intelligente et profonde que j’ai côtoyée durant ce séjour new-yorkais (j’avais moi-même quitté la ville un an avant).

Bien sûr, elle était mormone et quand elle me parlait de son église, elle s’égarait, ne lui trouvant que des qualités, mais n’était-ce pas son dernier refuge, elle était si seule…

Pourquoi alors cette tendresse tardive pour cette femme qui en avait peu pour les autres ? Eh bien parce qu’elle avait une curiosité de la vie et une volonté de la dominer jusqu’au bout qui m’ont fascinée et m’ont beaucoup appris sur les rapports aux autres et au monde qui, avec l’âge, peuvent et même doivent être vécus la tête haute et sans concessions.

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back To Top